C'était la fin de l'année, tous les élèves ont été vêtus de noir car ils ne seront plus des lycéens, moi... parce que j'étais triste. Le noir est la couleur du succès, de maturité... mais aussi de deuil... Je ne voulais pas grandir, je voulais être avec Pierre toute ma vie... mais lui? Il ne voulait que du succès, il voulait étudier à l'étranger. C'était la dernière chance pour le convaincre, enfin pour le persuader de rester...
"-Félicitations, Pierre!
-Merci, Lulu...
-Pierre... Tu n'es pas obligé à étudier à l'étranger...
-Pourquoi?
-Je veux que tu restes...
-Je ne peux pas!
-S'il te plaît, Pierre!
-Pas question! On a parlé de ça mille fois.
-Je t'en prie... Je ne peux m'éloigner de toi!
-Laura... Tu as 17 ans... que sais-tu à propos de la vie? Rien! Je reste maintenant avec toi... et puis? Je ruine ma vie, je gâche mon avenir... pourquoi? Parce que je t'aime... mais c'est ridicule...
-Tu m'as promis... tu m'as promis d'être avec moi, toujours... tu m'as dit que nous sommes attachés comme par des menottes et que seule la mort en a la clé...
-Oh je l'ai dit? Mais tu sais ce qu'a dit Dr.Seuss? "Ne pleure pas parce que c'est fini, souris parce que c'est arrivé".
-C'est fini? Et notre amour, Pierre?
-C'est le temps qui décide si cet amour est immortel ou non...
-C'est injuste.... Qu'est-ce qui t'arrive? Tu as trop changé...
-Le changement est bon...
-Incroyable...!
-On casse? On casse! Et....je me casse... Salut."
Il cassa notre relation, se cassa et cassa mon coeur aussi...
J'étais la seule à gémir comme un petit bébé qui a faim... Je ne comprends toujours pas comment il a pu me jeter, comme si j'étais un mouchoir utilisé... Et le pire, c'est que je ne peux pas le détester... Après trois ans,... il me dit "Adieu"... il me dit qu'il veut réussir et que j'en suis un obstacle... qu'il ne me veut plus... En deux minutes...mais c'est incroyable et intolérable... J'ai toujours détesté les adieux, maintenant, je les déteste plus...Je passais des jours à pleurer au point de me noyer dans mes larmes.... J'espérais en fait que ma réalité soit un rêve et que mon rêve soit une réalité... mon rêve d'être avec Pierre... est-il impossible à ce point? Je l'aime... lui? Je ne suis sûre de rien....
Les années passèrent. Je ne suis plus une adolescente, je suis une femme... mais une seule chose est la même: mon amour pour Pierre... Enfin, jusqu'au jour où j'ai reçu un bouquet de fleurs d'un anonyme... En effet, j'étais au bureau en train de lire un magazine quand la secrétaire entra en portant un bouquet de fleurs. J'étais confuse mais heureuse aussi; il y a longtemps qu'on ne m'a pas donné des fleurs...
"-C'est quoi ça?
-Un bouquet de fleurs...
-C'est pour moi?
-Oui, mademoiselle.
-De la part de qui?
-Euuh...un anonyme!
-Qui l'a porté alors?
-Quelqu'un...
-Merci...
-Je vous en prie."
La secrétaire posa les fleurs et quitta le bureau.Je les ai examinées avec intérêt. Une carte jointe attira mon attention, je la pris entre mes mains et la lus attentivement: "Les plus belles roses...pour la plus belles des roses...".
Je n'ai rien compris. J'étais surprise mais heureuse surtout; j'ai enfin trouvé un moyen pour oublier Pierre. La meilleure façon d'oublier un homme, c'est de le remplacer avec un autre... celui-ci sembla parfait pour accomplir cette mission!
La nuit, je n'ai pas dormi... je pensai... et si j'étais capable de supprimer Pierre définitivement de ma vie... Et si je pourrai épouser ce mystérieux? Je n'étais sûre de rien, mais une voix déjà m'a murmuré à l'oreille:" C'est fini les douleurs, c'est fini la peine..."
Le lendemain, j'a reçu un autre bouquet avec une autre carte: "Laura, c'est G.R qui l'aura... Signature: G.R". Un sourire se traça sur mon visage. Je murmurai: "G.R...".
Deux lettres... G.R... C'est déjà le paradis... "J'aurai le droit au bonheur...enfin..."pensai-je.
C'est la magie du mot... une petite carte avait le pouvoir de libérer mon coeur... de me rendre heureuse...J'attendis une autre carte...cette fois-ci, il va sûrement se présenter comme il faut... Je ne sais ce qu'il m'arrivait. Je commençai déjà à tomber amoureuse... Une phrase avait l'habilité de guérir toutes mes blessures ...
Deux jours après, une troisième carte est arrivée. Je me hâtai de la lire... je l'ouvris rapidement et la lus doucement: "Le parc de liberté, aujourd'hui à 16:00...Je vous attends... Signature: Georges Ruse"...
J'étais très heureuse... je ne peux pas mentir. Je comptai les heures et les minutes. Midi sonna...
Je revins chez moi et passai des heures à essayer les vêtements et à me maquiller...Je n'avait pas le droit à l'échec. La première impression est très importante...parce qu'elle dure.
Il était 15:30. J'étais nerveuse mais je devais partir quand même. Au parc, je l'attendis pour une heure, deux, trois... mais il n'étais pas encore arrivé. Je quittai donc le parc, déçue....Je n'ai vraiment pas compris pourquoi je n'ai pas de chance...surtout en amour...
Chaque jour, j'attendais un bouquet de fleurs...une carte... Mon Dieu! Quelque chose... Il a disparu...comme s'il n'a jamais existé! J'attendis jusqu'à ce que j'ai perdu tout espoir...mais après une semaine, j'ai reçu un autre bouquet de fleurs. J'étais trop gaie. "J'ai trop aimé la robe blanche aux fleurs jaunes que vous portiez l'autre jour... Pouvez-vous la porter aujourd'hui, même heure, même endroit? Signature: Georges Ruse..."
"Il était là.." pensai-je. J'avais un fou rire... Rien d'autre ne m'intéressait; je ne pensais qu'au rendez-vous que j'avais... Il me restait six heures, six ans plutôt!
Dès que je rentrai chez moi, je commençai à me préparer... je devais être belle...non! Parfaite.... Je me mis devant le miroir et admirais ma beauté..."Je suis irrésistible..., me dis-je, ravie de vous rencontrer M.Georges...non c'est cliché... Essayons... J'ai perdu tout espoir l'autre jour, mais pourquoi n'êtes-vous pas venu me parler?.... Non, il se mettrait en colère et refuserait de me parler...Oh! Il est 15:45...Merde!". Je pris ma voiture et me dirigea vers l'inconnu... Il était 15:55 quand je me suis arrivée...je vérifiai mon maquillage une dernière fois et sortis de ma voiture... Une voix de derrière me dit soudainement: "Vous êtes en retard!". Je me retournai et découvris un ange...oui, un ange au costume noir et aux yeux marron... "Je ne pense pas que je suis...en retard."chuchotai-je. "Ma montre m'assure que vous l'êtes..." répliqua Georges. Je ne savais de quoi il parlait, mais je ne voulais pas qu'il se mette en colère dès la première rencontre, alors je répliquai: "Je suis désolée, M.Georges." Il commença à rire sans que je ne sache pourquoi. Puis il :" Vous n'avez pas changé, Laura!". Je reculai deux pas; je ne savais plus pourquoi j'étais là...avec un fou... "Excusez-moi monsieur, Me connaissez-vous?" demandai-je. Il riait, moi je ne savais si j'ai dit quelque chose qui fait rire. "Ce n'était pas une bonne blague, n'est-ce pas?" questionna-t-il. J'étais timide...trop timide. "Après vous, mademoiselle Laura..." reprit-il. "Merci...vous êtes galant..."articulai-je. Nous marchions doucement et lentement comme des tortues...
"-Alors, M.Georges... Quel est votre métier?
-Vous les femmes... c'est la première des questions que vous posez!
-Vous m'avez mal comprise...
-Une autre blague...
-Oh! Je pense que je n'aime pas ces blagues...
-D'accord...je suis désolé... je suis un entrepreneur...
-Wow...
-J'ai étudié en Etats-unis...
-Ah bon!
-Oui...Et vous?
-J'ai étudié ici ... en France..."
Nous avons passé trois heures à parler et discuter de nombreux sujets. Et le soir, j'avais absolument besoin de raconter ceci à quelqu'un...alors j'ai pris une feuille et un stylo et je me lançai à écrire... mais, je ne sais pas s'il plaisantait quand il m'avait dit qu'il a mon numéro de téléphone... Je n'avais qu'à attendre son appel pour m'en assurer.... Dix jours, et toujours pas d'appels... Je passais tout le temps à regarder mon téléphone. Je ne pouvais le laisser tomber...
Le onzième jour, un bouquet de fleurs est arrivé. J'avais hâte pour lire la carte. Il m'a envoyé son numéro de téléphone avec une note "Appelez-moi". Mon Dieu! J'ai aimé un insolent...Oui, un insolent... Je gardais la carte comme si je gardais un trésor...et je me demandai si c'est juste de l'appeler. Ce sont les hommes qui font normalement le premier pas...cependant, j'étais obligée... Je pris mon téléphone et saisis le numéro... Un numéro de téléphone ou de loterie... je pariais...avec mon coeur... Une voix me répondit: "Oui... Marie...".
"-C'est Laura...
-Ah! Je suis désolé...
-Pas de problème...
-Alors...comment allez-vous?
-Super...et vous?
-Je n'ai jamais été mieux...
-Euuuh... Est-ce que...
-Pouvez-vous attendre un peu, s'il vous plaît?
-Bien sûr...."
Deux minutes passèrent et ma raison me suggéra de raccrocher...mais mon coeur désobéissait... Il raccrocha subitement, et je ne compris absolument rien... J'essayai encore....
"-Oui...Laura...je m'excuse...
-Ce n'est pas grave!
-Que diriez-vous?
-Oh! Je voulais vous voir... est-ce possible?
-Oui... j'aurai l'honneur! Le parc de liberté? Demain, à 16 h?"
Je n'aimais pas le parc de liberté... Je ne l'ai jamais aimé... Il est hideux... et tous les yeux, curieux, nous regardent... mais je n'avais qu'à accepter: "Oui...Parfait...Au revoir.." dis-je.
Le lendemain, j'étais déjà au parc... mais monsieur Georges n'est pas venu...même après deux heures... Il m'appela alors et m'annonça qu'il ne pouvait pas venir...
"-La prochaine fois donc...
-Oui... Vous ne m'attendez pas, non?
-Bien sûr que non... je ne suis pas stupide...
-Dieu merci... Je vous laisse...salut...
-Salut!"
Et j'ai échoué encore.... Je me levai, essuyai mes larmes et me dirigeai vers ma maison... J'ouvris la porte quand une voix m'interrompit: "Ah! C'est ici où vous habitez..". C'était lui...Georges en chair et en os...
"-Georges, que faites-vous ici?
-Ne me vouvoyez plus, s'il vous plaît...
-Ok! Tu m'as poursuivie?
-hmmm....Oui, on entre?
-ugh...bien sûr..."
Mon appartement était en plein mess. Les vêtements partout ...on dirait une poubelle...
"-Je suis désolée... la maison est en désordre...
-Oui... Tu n'as pas changé, Lulu...
-Lulu?
-Euuh... je ne peux vous appeler Lulu?
-Je suis étonnée...Une seule personne en avait le droit...
-Qui?
-Mon ex...Pierre...
-Il est où maintenant?
-En Etats-unis...
-Ah bon...
-Tu l'aimais...?
-Je l'adorais... mais, je l'ai oublié... T'inquiète...
-Raconte-moi...
-Bon... J'avais déménagé quand j'avais 14 ans... et c'est là où je l'ai rencontré... Je ne sais pas comment ça s'est passé...mais...on s'aimait trop....
-Ne pleure pas, Lulu...
-Et après trois ans, il m'a laissée tomber...pour...étudier à l'étranger...il n'a même pas essayé de m'appeler...
-Il avait une excuse...peut-être...
-S'il voulait vraiment appeler, il l'aurait fait...il m'avait dit qu'on sera attachés comme par des menottes...
-...et que seule la vie en a la clef...
-Oui...exactement...comment tu l'as su?
-Je l'ai entendu dire une fois,...je ne me rappelle plus où...hmmm.. t'as faim?
-Oui... Tu viens de m'inviter au dîner, n'est-ce pas?
-Oui... Alors, on le prépare...?
-Maintenant?
-Oui...ici...allez! Allez! On s'amusera...
-D'accord..."
De la musique, Georges et de la nourriture... la vie parfaite...
"-Et voilà! Le dîner est parfaitement parfait...
-Il est où, ce plat? Je n'arrive pas à le voir...
-Arrête...je l'aime...
-Qui? Moi?
-T'es méchante...
-Tu ne m'aimes pas?
-Bien sûr que je t'aime...
-Moi aussi...
-Alors, on mange? ça va refroidir...
-Oui....pourquoi pas?"
Nous mangeâmes lentement et aisément. Et quand nous eûmes fini, Georges a fait la vaisselle... Gentleman... mais j'ai remarqué une cicatrice sur son bras gauche que Pierre avait aussi... Je ne dit rien et le regardai attentivement...
"-Voilà, Lulu ... c'est fait...
-Merci infiniment, Juju...
-Juju? Et Pierre, tu l'appelais "pipi"?
-Arrête..."
Il se mit à rire. Je ne sais pas pourquoi il me rappelait Pierre... Je l'ai aimé pour qu'il remplace Pierre, mais il ne fasait que le contraire...
"-Je dois partir, Lulu...
-Oui... On se voit quand?
-Euuuh...le lundi? Au zoo...
-Je n'aime pas le zoo....
-Pourquoi?
-Je déteste les animaux...
-Le parc de liberté, alors?
-Non, le zoo me semble parfait!
-Le lundi, à midi...au zoo, ça te dit?
-Ok! Au revoir...
-Bonne nuit!"
Mais quelle chance! Le zoo? C'est là où j'avais mon premier rendez-vous avec Pierre...je veux oublier ses souvenirs, mais Georges insistait à me les rappeler...
Je partis malgré moi... Georges était éblouissant...très éblouissant...
"-Salut...
-Bonjour, Lulu...
-Tu aimes les animaux...
-Laura... j'ai quelque chose à te dire...
-Je t'écoute...
-hmm... Je ne suis pas Georges Ruse....
-Quoi? C'est une autre blague, n'est-ce pas?
-Non...Je suis Pierre....Pierre Mitche...
-Impossible...Pierre est en Etats-unis...
-Laura.... c'est moi...
-Je te hais...Pourquoi es-tu revenu?
-Parce que je t'aime, Lulu...
-Non... si tu m'aimais, tu serais resté...
-Je l'ai regretté, Laura... Je suis ici pour tout fixer...
-Où étais-tu? Où étais-tu quand j'avais besoin de toi? J'avais besoin d'un parapluie quand il pleuvait si fort... mais la tourmente me l'a volé. Et même si je le veux maintenant, il sera cassé...inutile... je le jette, alors...
-Je croyais que je pourrai t'oublier... j'ai pleuré tout au long du voyage...
-Ah! Deux heures? J'ai pleuré 12 ans.... J'ai même redoublé la première année de l'université... à cause de toi...
-Je suis désolé, Lulu... Ne pleure pas, s'il te plaît...tu seras moins belle...
-Je vous laisse, monsieur... Adieu...
-Non...Laura... je sais que tu me veux...
-Mais je ne peux pas...."
Il ferma les yeux...et de petites gouttes naquirent et descendirent sur ses joues... il me tendit la main et me dit:" Serre-la, Lulu... Serre-la comme tu faisais..."
Je la pris de mes deux mains et la serrai fort comme si je ne l'ai jamais serrée...puis, je la lâcha..."Je ne peux pas, monsieur..." soufflai-je en quittant.
"Laura... Je t'en supplie..." hurla-t-il.
Je continuai de marcher en pleurant... "Je peux l'oublier....je l'oublierais...je l'oublierai ...., me dis-je, non, je ne peux pas l'oublier"... Je retournai et courus en vitesse...Je m'arrêtai. On se regardait... Un silence...un silence qui a dit tout...
"-Pourquoi pleures-tu, Pierre?
-Euuh... J'avais faim... et toi?
-Euuuh...j'avais soif..."
Nous rigolâmes et nous mîmes à se regarder...
-Je t'adore, Lulu...Pardonne-moi...
-Oui...Pierre... je t'adore aussi...
-Plus que toi...
-Non...
-Si...
-J'accepte
-Tu acceptes quoi?.
-De t'épouser...
-J'ai même pas posé la question....
-C'est vrai?
-Oui...
-Je me suis trompée..."