Expéditeur : Raphaël Mason
Destinataire : Siobhan Davis
Sujet : /
Date : 16 juillet 2015, 03 :26 PM
Shiv,
Je commence à tomber à court d’idées… Je t’ai bombardée de messages autant sur ton téléphone que sur les réseaux sociaux, je t’ai appelée des centaines de fois et je suis passé chez toi trois fois. Alors je n’ai plus d’autres choix que de t’envoyer cette antiquité qu’on appelle plus communément un Email en espérant que tu les consultes encore. J’ai compris que tu m’en voulais mais je n’ai toujours pas compris pourquoi. Je me suis creusé la tête et je ne vois vraiment ce que j’ai pu faire pour t’énerver autant. Je t’en supplie Shiv, réponds moi au moins. Tu ne veux quand même pas que deux ans de relation se termine comme ça ? Il faut qu’on en parle, et surtout que tu me dises ce que tu me reproches !
S’il te plait donne-moi des nouvelles
Je t’aime
Raph
Expéditeur : Raphaël Mason
Destinataire : Siobhan Davis
Sujet : /
Date : 28 Juillet 2015, 04:56 AM
Siobhan,
Je vais vraiment commencer à perdre patience. Tout le monde me dit de lâcher l’affaire et de te plaquer une bonne fois pour toute et je commence à sérieusement y penser. Je t’aime et tu le sais mais je ne peux plus supporter tes petites crises de nerfs. Je savais que t’étais pas très bien dans ta tête mais pas à ce point. Tu ne peux pas juste te couper du monde qui t’entoure quand ça te chante. Je pense que t’es vraiment une des personnes les plus lunatiques que je connaisse. Et même quand tout allait bien entre nous tu te comportais bizarrement. Je ne savais jamais comment tu allais être. Un coup tu étais adorable, la petite amie parfaite et l’autre tu étais juste cette fille déprimée qui tire la gueule tout le temps. Et ce n’est pas qu’avec moi que tu te comportes comme ça, c’est avec tout le monde. T’es clairement mal dans ta peau et t’as des gros problèmes sur lesquels tu dois travailler alors désolé mais je pense qu’on devrait faire une pause, au moins le temps que tu te sentes mieux. Encore désolé, je suis toujours là si t’as besoin de parler
Raph
Chapitre 5 : Raphaël
Je n’avais jamais vraiment aimé les hôpitaux. Personne n’aime les hôpitaux mais moi c’est l’odeur des hôpitaux que je ne supporte pas. Il y règne toujours une atmosphère de mort. Je ne sais pas vraiment pourquoi je viens rendre visite à Megan… Après tout je ne l’ai baisée qu’une ou deux fois mais pour une raison obscure je me sens coupable. Avant de rentrer dans sa chambre je me pose pleins de questions. Je me demande surtout si le feu a atteint son visage… Si ça se trouve elle est couverte de bandages car son corps entier a été touché. Je sais que je suis un salaud de penser comme ça mais je ne pense pas pouvoir la regarder en face si elle est défigurée. Je n’aurais pas dû venir… Il est trop tard, elle m’a vue à travers a vitre. J’ai pris une grande inspiration et suis rentré dans sa chambre. J’ai poussé un soupir de soulagement en la voyant. Son visage était la même qu’avant. J’avais même l’impression que rien d’avait changé. Son visage s’est illuminé quand elle m’a vue. Elle m’a expliqué les détails de l’incendie et m’a parler de ses cicatrices. Elle s’est même mise à pleurer. Je déteste quand les gens pleurent ; je ne sais jamais quoi faire. Je l’ai prise dans les bras et lui ai maladroitement tapoté le dos. Elle m’a demandé si ses cicatrices étaient repoussantes ; je lui ai dit qu’elles se remarquaient à peine. Je n’ai pas eu le courage de lui dire la vérité. Je lui ai tenu compagnie encore quelques minutes puis les infirmières sont venues pour lui changer les pansements ; je suis donc parti en demandant de m’appeler à sa sortie de l’hôpital. Je n’avais pas vraiment envie de la revoir mais encore une fois je me sentais mal. En quittant l’hôpital j’ai aperçu Siobhan et ses parents qui y rentraient. Elle avait reteint ses cheveux en blonds mais ils n’étaient plus aussi beaux qu’avant. Ils ressemblaient plus à de la paille qu’à autre chose. Heureusement pour moi elle ne m’avait pas vue. Je l’ai suivie de loin dans l’hôpital. Elle a fini par rentrer dans un bureau. Je me trouvais dans l’aile psychologique. Elle était d’ailleurs rentrée dans le bureau d’un psychiatre.
J’ai vu Megan quelques fois après sa sortie d’hôpital mais nous n’avions fait que parler. Je ne me sentais pas encore prêt à la toucher. Je ne sais pas si je serais un jour prêt à la toucher. Ce n’est pas très grave de toute façon. Je suis sûr que je suis capable d’être ami avec une fille sans pour autant la baisée. Ce sera une première mais je suis sûr que je peux le faire. Pour le moment ça se passe plutôt bien. On se raconte nos histoires respectives et on se conseille. Je dois avouer que c’est assez chouette de pouvoir se confier et surtout d’avoir l’avis d’une fille. Au fond peut être que l’amitié fille-garçon est possible. Ce que j’aime entre nous c’est qu’il n’y aucune ambiguïté. On ne risque pas de tomber amoureux l’un de l’autre, c’est sûr. Elle me parle souvent d’un garçon, Cyril. Je vois d’ailleurs très bien qui c’est. Avant l’incendie chez Megan ils avaient même prévus d’aller au cinéma ensemble mais maintenant qu’elle a ses cicatrices, elle a l’impression qu’il ne voudra plus d’elle. Je l’ai poussée à aller lui parler et il lui a reproposé un rancard. J’étais assez fier de moi sur ce coup là. Nous évitions de trop nous montrer en public parce que sinon les gens allaient commencer à poser trop de questions et à se faire des idées… Je ne veux pas gâcher ma relation purement amicale avec Megan juste à cause de quelques rumeurs. Elle n’assumait pas encore de montrer ses cicatrices à tout le monde ; c’est pourquoi elle portait de longues manches. Elle m’a beaucoup aidé à y voir plus clair dans ma relation avec Siobhan. J’ai même décidé de la confronter pour qu’on mette les choses au clair et qu’on joue carte sur table. Nous avions rendez-vous au parc après la conférence sur le danger de l’alcool au volant. En effet depuis une ou deux semaines notre école est sous le choc car une de nos élèves s’est faite renversée par une voiture à quelques pâtés de maisons. Elle est en vie mais ne pourra plus jamais marcher. Cette nouvelle ne m’avait pas vraiment touché parce que je ne connaissais pas la fille en question. Je sais juste qu’elle était dans le club de théâtre.
Quand je suis arrivé au parc, Siobhan y était déjà. Elle était assise sur un banc à m’attendre. Je l’ai à peine reconnue. Elle avait perdue beaucoup trop de poids et elle avait d’énormes poches sous les yeux. Quand elle m’a vue, elle m’a souri. C’est le même sourire qui m’a fait tomber amoureux d’elle trois ans auparavant ; c’est le même sourire qui avait pour habitude de rendre mes journées plus belle… Au fond c’est la même Siobhan dont je suis éperdument amoureux.
Je me suis assis à côté d’elle et nous sommes restés ainsi pendant de longues minutes. C’est elle qui a fini par briser le silence.
- Tu sais, j’ai eu le rôle de Maria dans la pièce de l’école. Tu viendras me voir jouer ?
- J’ai des choses à te dire, Shiv. Et surtout des choses à te demander.
- Je sais. Et je vais tout t’expliquer. D’abord, je voulais te dire que j’étais vraiment désolée de m’être comportée bizarrement avec toi ces derniers mois. Avant toute chose, sache que je t’aime et que je n’ai jamais voulu te faire du mal. Je me suis justement éloignée de toi pour ne pas te faire de mal. Ma mère est tombée malade, Raph. Elle a fait une dépression nerveuse et a tenté de se suicider. J’ai passé mes vacances à m’occuper d’elle et de mon père qui est devenue une vraie épave.
- Je … Je suis désolé. Pourquoi tu ne m’as rien dis ?
- Ne m’interromps pas sinon je n’arriverai pas à finir. J’ai beaucoup pensé à toi et surtout à t’appeler mais je ne voulais pas que tu sois mêlé à tout cela. Ma mère a commencé à devenir de plus en plus dangereuse et elle commençait vraiment à m’inquiéter. Les marques que tu as vu sur mes poignets c’est … Elle. Un soir elle a essayé de se tuer. J’ai essayé de l’en empêcher mais elle m’a poussée à travers la baie vitrée et j’ai été blessée. Mon père est arrivé à temps pour nous sauver toutes les deux. Maintenant, elle s’est reprise en main et va beaucoup mieux. Nous avons même commencé une thérapie familiale et du moment qu’elle prend ses médicaments elle va bien. Cette histoire avec ma mère m’a beaucoup fait réfléchir et quelques jours avant la rentrée j’ai tout remis en question, notamment notre relation. Mais dès le moment où je t’ai vu j’ai su que je ne pouvais plus être séparée de toi. Je suis vraiment désolée de t’avoir fait souffrir.
J’étais sous le choc. Siobhan était en larmes et attendait que je réponde quelque chose. Je ne savais pas quoi lui répondre. Je me sentais tellement coupable. Au lieu de l’aider pendant cette phase difficile j’ai tout fait pour l’oublier et je l’ai trompée des centaines de fois. Elle est encore fragile, je le vois. Et toute cette histoire avec sa mère c’est du délire. J’ai envie de la prendre dans mes bras et de lui dire que je l’aime mais je n’y arrive pas. Comment pouvait-elle encore m’aimer après tout ce que j’ai fait ? Je ne suis qu’un salaud et je ne la mérite pas. Des millions d’excuses ne suffiraient pas à me racheter. Rien ne pourrait être assez pour qu’elle me pardonne. Je ne pense même pas pouvoir me pardonner moi-même. Tout s’expliquait enfin. Durant tout ce temps j’ai cru que c’était moi qui devais être en colère contre elle alors que c’est tout le contraire.
- Raph, je t’en supplie réponds moi au moins. Je suis vraiment désolée
- C’est moi qui dois m’excuser. Je ne mérite pas tes excuses. J’ai passé mon été à te maudire et te trompé alors que tu étais au plus mal. Je n’aurais jamais pu m’imaginer…
Elle a posé un doigt sur mes lèvres et m’a embrassé tendrement.
Chapitre sept : Raphaël
J’étais devant chez Siobhan. Elle devait sûrement m’en vouloir de ne pas être venu à sa pièce et elle ne répondait pas à son téléphone. J’aurais voulu venir à sa pièce mais Megan n’était vraiment pas bien. Je savais que ce soir elle était censée aller à son premier rancard avec Cyril ; je l’avais même aidée à choisir sa tenue. Je lui avais choisis une jolie robe rouge à manche courte. Au début elle refusait de sortir comme ça mais je l’ai convaincue qu’elle était magnifique ainsi et que ses cicatrices n’étaient absolument pas un problème ; je le pensais. Juste avant la pièce de Siobhan elle m’a appelée en pleurs. Elle avait besoin de moi. Elle avait rejoint Cyril dans la salle de cinéma et comme elle était un peu en retard la salle était déjà plongée dans le noir. Son rendez-vous s’est très bien passé tout au long du film et Cyril s’est comporté comme un gentleman. Mais quand la lumière s’est rallumée à la fin du film ses yeux se sont directement rivés sur les bras de Megan. Il a bredouillé des excuses et a pris ses jambes à son cou en laissant Megan seule. Je ne pouvais pas la laisser toute seule après la soirée qu’elle venait de passer. En plus c’était moi qui l’avais convaincue de mettre cette robe ; c’était en quelque sorte ma faute. Je n’avais qu’une envie c’était de péter la gueule de ce con de Cyril. C’est lui qui rate quelque chose. Megan est une fille en or et s’il n’arrive pas à voir au-delà de ses cicatrices, il n’était pas assez bien pour être avec elle.
C’est la mère de Shiv qui m’a ouvert la porte. Elle avait l’air tout à fait bien, elle était même rayonnante. Elle m’a invitée à entrer et j’ai patienté dans le salon pendant qu’elle allait chercher Siobhan. Elle est redescendue deux minutes plus tard affolée.
- Siobhan n’est pas dans sa chambre. Ben, cria-t-elle en appelant son mari, Siobhan est sortie !
- Ce n’est pas très grave vous savez, je peux repasser plus tard, répondis-je en me levant
- Les docteurs lui ont interdit de sortir jusqu’à son hospitalisation de demain, je pensais qu’elle te l’avait dit.
- Quoi ? De quelle hospitalisation vous parlez ? Je ne comprends pas. Je pensais que vous étiez celle qui était malade.
- Oh mon dieu… Tu ferais mieux de t’asseoir mon petit, s’exclama Ben en me tendant une chaise
Je leur ai raconté tout ce que Siobhan m’avait dit. Au fil de mon récit, le visage de Ben et Catherine se pâlissait de plus en plus. Puis, ils m’ont tout expliqué. C’est à Siobhan que les médecins ont diagnostiqué une dépression nerveuse pendant les vacances et c’est elle qui a tenté de se suicider, pas sa mère. Elle était d’abord passée par la phase dépressive. Elle passait ses journées au lit et parlait à peine. Quand ses parents lui parlaient elle ne répondait que par des monosyllabes ; elle ne mangeait plus, ne dormait plus et ne bougeait même plus. Vers le milieu de sa phase dépressive elle a tenté de mettre fin à ses jours en s’ouvrant les veines. Les médecins l’ont bourrée de médicaments de toute sorte et l’ont obligées à être suivie psychologiquement mais ils pensaient traiter une dépression alors que ce dont elle souffre est bien pire. Début septembre elle a commencé à aller beaucoup mieux et les médecins l’ont considérée comme guérie mais ce qu’ils n’avaient pas compris c’est qu’elle était simplement rentrée dans une nouvelle phase ; la phase maniaque. En apparence elle avait l’air d’aller bien mais elle était d’autant plus malade. Quand ses parents ont découvert qu’elle avait arrêté de prendre ses pilules ils ont tout de suite alertés les médecins. Ils ont revu leur diagnostique précédent et en on conclut que Siobhan était bipolaire. Elle a très bien pris la nouvelle et n’a demandé qu’une chose avant d’être hospitalisée ; elle voulait avoir une journée avant pour avoir le temps de me dire au revoir et de passer du temps avec moi. À cette heure-ci elle devait déjà être rentrée depuis bien longtemps. Nous fûmes interrompus par la sonnette d’entrée qui retentit dans toute la maison. Ben a été ouvrir et est revenu accompagné de deux policiers.
- Est-ce que votre fille est à la maison, demandèrent-ils
- Non, nous sommes d’ailleurs très inquiet à ce sujet, répondit Ben
- Nous avons des raisons de croire qu’elle est impliquée dans un incendie qui s’est produit il y a quelques semaines dans la maison d’une de ses camarades de classe.
- Vous parlez de Megan, m’écriai-je
- Oui, répondit le policier, vous savez quelque chose à ce sujet
- Qu’est-ce qui vous fait croire que ma fille a quoi que ce soit à se reprocher ?
- Nous avons retrouvé son sac à main dans les débris de l’incendie. Au début nous avons cru que ce dernier était accidentel mais en vue de cette nouvelle preuve, nous devons rouvrir le dossier.
Je suis peut être fou de penser cela mais peut être que Siobhan avait réellement mit le feu à la maison de Megan. Ce jour-là dans les gradins j’ai eu l’impression d’halluciner quand je voyais Siobhan mais peut être qu’elle était vraiment là ; cela voudrait dire qu’elle m’a vue avec Megan et ça expliquerait pourquoi elle a lancé une brique dans mon pare-brise juste après. Je suis sûr qu’elle a lancé cette brique mais est ce qu’elle irait vraiment jusqu’à mettre le feu à une maison par jalousie ? Cela faisait peut être partie de sa maladie. Elle n’aurait jamais fait ça. Siobhan ne prendrait jamais le risque de tuer qui sue ce soit. J’ai essayé de me rassurer au maximum mais j’avais toujours des doutes. Il fallait que j’en parle à la police. J’ai raconté tout ce que je savais. Quand j’ai eu fini Catherine s’est effondrée et a fondu en larmes. Ben l’a prise dans ses bras mais il s’est mis à pleurer aussi. Les policiers m’ont pris à part et m’ont fait part de leur plan.